Tantôt source d’aliénation, tantôt moyen de se libérer, le travail tient une position changeante dans l’histoire de l’humanité. Dans son dernier livre, L’Invention du travail (éditions du Cerf, 2022), l’historien Olivier Grenouilleau revient aux origines de cette notion et montre comment le travail a fait l’objet de multiples interprétations, simultanées et concurrentes.
Propos recueillis par Nicolas Gastineau.
Vous publiez L’Invention du travail, une histoire du travail des origines à nos jours. Pourquoi parler d’une « invention » du travail ?
Olivier Grenouilleau : J’ai voulu rassembler les réponses que les hommes ont données, dans le monde occidental, à une question qu’ils se sont toujours posée : pourquoi faut-il – ou non –travailler ? Depuis la Mésopotamie antique jusqu’à aujourd’hui, en passant par les mondes gréco-romains, médiévaux, modernes et contemporains, leurs réponses à cette question n’ont jamais cessé d’être reformulées. C’est en ce sens que mon livre porte ce titre, car les hommes ont toujours réinventé les significations du travail. Et on s’aperçoit que ce dernier est toujours vécu à la fois comme une contrainte et comme quelque chose qui dépasse cette contrainte. Chaque époque a vu se superposer des significations multiples et parfois contradictoires.
Vous nuancez un certain nombre d’idées reçues, de mythes que l’on associe aux origines du travail.
Oui, et il y en a beaucoup. D’abord, le « tu travailleras à la sueur de ton front » de la Genèse ne dit nullement, comme on le pense généralement, que le travail est vu par le christianisme comme quelque chose de maudit. La terre, dont les fruits seront difficiles à obtenir, est maudite pour un temps, jusqu’à la nouvelle alliance entre Dieu et Noé. Par ailleurs, tout, dans la Bible, nous dit que le travail est œuvre.
Autre exemple, on croit souvent que chez les Anciens, le travail était discrédité, à cause de citations décontextualisées de Platon ou d’Aristote. Mais il s’agissait du travail manuel, pour autrui, non de celui de la terre. D’autres philosophes, comme Socrate, incitent d’ailleurs au travail. Et dans l’Antiquité, même les héros et les dieux travaillent ! Héphaïstos forge les armes d’Achille, Apollon construit les murailles de Troie… On a à ce sujet confondu ce que disent quelques philosophes, déçus que le pouvoir ne soit pas dévolu aux seuls « sages », et la réalité qui est celle de l’ascension du travail et du monde de l’argent. Ce que les Anciens pratiquaient avant tout (comme toutes les sociétés d’après), c’est la paresse.
Et il y a bien d’autres conceptions hâtives. L’éthique protestante est-elle à l’origine du capitalisme, comme une lecture rapide de Max Weber pourrait le faire croire ? La réponse est plus complexe qu’on ne le croit. Les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique vivaient-ils d’amour et d’eau fraîche avant que l’invention de l’agriculture ne vienne tout bouleverser ? Les réponses, là encore, sont nuancées.
…“Le travail n’e
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