Au cours de son périple, Ulysse fait la rencontre des Phéaciens : un peuple qui se caractérise en particulier par son extrême sophistication technique. Nous avons demandé à l'helléniste Pierre Judet de la Combe de nous en dire plus sur cette fascinante civilisation homérique, dont les bijoux de technologie ne sont pas sans rappeler les innovations les plus ambitieuses de la Silicon Valley.
Tout l’été, Philonomist vous invite à méditer sur les aléas de l’existence et de l’action humaines autour d'un fil rouge : L’Odyssée d’Homère. Retrouvez ici tous nos contenus inspirés des aventures d’Ulysse.
Propos recueillis par Apolline Guillot
Qu’est-ce que la société des Phéaciens a de si fascinant ?
Pierre Judet de La Combe : Cette civilisation se caractérise par un degré de beauté et de maîtrise artistique très développé. J’ai pu comparer la Phéacie au festival de Woodstock : c’est un bonheur hors du temps ordinaire, où les gens sont tous riches, beaux, sportifs, artistes. Les habitants de l’île sont favorisés des dieux, qui viennent y faire la fête et qui les comblent de bienfaits.
La deuxième caractéristique de cette civilisation est sa sophistication technique, qui combine éléments naturels et artificiels dans des productions exceptionnelles. C’est Héphaïstos lui-même, le dieu artisan, qui leur a fabriqué un palais combinant la lumière du ciel étoilé, de la lune, et celle du soleil. À cette réalisation architecturale s’ajoutent des inventions toutes plus visionnaires les unes que les autres, comme des automates de service et des bateaux dirigés par la seule pensée.
Vous opposez les Phéaciens à une autre civilisation que rencontre Ulysse : les Cyclopes. Pourquoi ?
Les Cyclopes et les Phéaciens sont liés par leur dieu tutélaire, Poséidon. Mais en dehors de cela, tout les oppose. Les Cyclopes sont l’exemple même d’une société archaïque sans technique élaborée, qui repose uniquement sur des ressources naturelles abondantes ; leurs cousins Phéaciens sont ce que la société fait de plus civilisé. Ces derniers, autrefois voisins des Cyclopes, s’en sont d’ailleurs éloignés pour fuir les conflits qu’ils subissaient sans cesse. Alors que le cyclope Polyphème agresse Ulysse, les Phéaciens l’accueillent et l’aident à rentrer chez lui sain et sauf.
Les Cyclopes vivent sans roi ni loi dans leurs grottes, alors que chez les Phéaciens il existe douze rois et une institution de justice. Notons cependant qu’en cas de querelle il revient en dernier recours à la reine Arété (dont le nom veut dire « celle qu’on supplie ») de prendre la décision finale. Derrière la sophistication des mœurs, le groupe ne tient que par le bon vouloir d’un seul individu, une femme, sans qu’il y ait eu délibération collective.
…“Les bateaux des Phéaciens ne sont pas loin des voitures autonomes
(sans coordonnées bancaires)
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