Diantre, la stagiaire vous a encore piqué votre bureau ce matin… c’est le risque du flex office ! En même temps, vous n’allez pas la déloger sous prétexte qu’elle est stagiaire. Quoique… En entreprise, l’attribution des postes de travail peut facilement devenir source de tension. Faut-il plaider pour une égalité stricte face à la distribution des bureaux, ou faire appel à la notion d’équité ? John Rawls nous aide à y voir plus clair.
Il remonte à longtemps, le stress des rentrées où l’annonce du plan de classe allait, sans exagérer… déterminer notre vie. On pouvait se retrouver au premier rang, à côté d’une Léonie Gratin, qui refusait de prêter ses ciseaux. Ou d’un Ducobu avec qui on se faisait coller pour fous rires et bavardages. Ce souvenir d’écolier a son équivalent en entreprise : il y a les bureaux bruyants à côté des toilettes, et la place en face du boss où l’on rigole moins. Celle à côté de la machine à café, qui donne accès à de cruciales informations comme aux ragots les plus inutiles. Le bureau qui donne sur le balcon, carrefour des fumeurs aux formules de politesse – je peux passer, rapide ? – qui dérangent plus que le passage. Finalement, la salle au bout du couloir, où l’on bosse en paix.
On peut aimer l’idée que seuls le contenu de nos missions et le sens de notre travail nous importent, mais admettons-le, les conditions matérielles comptent aussi. D’après le baromètre ACTINEO/CSA 2015, 94 % des actifs considèrent que leur espace de travail a un fort impact sur leur bien-être. À commencer par le bruit, qui ferait perdre 30 minutes de travail par jour à un actif sur cinq (Ifop/JNA 2016). L’open space défavoriserait l’attention et la concentration, augmenterait le niveau de stress et diminuerait la créativité. Mais l’emplacement de son poste peut également affecter négativement le travail d’un salarié si ce dernier se sent lésé par une allocation injuste.
“La gestion des places est une affaire délicate, capable de compromettre l’harmonie d’une équipe”
Il est généralement accepté que l’ancienneté et le niveau de responsabilité légitiment un traitement de faveur. Toutefois, ce consensus ne résout pas tout : qui, d’un secrétaire en poste depuis dix ans ou d’un senior manager fraîchement recruté, mérite le meilleur bureau ? Si elle peut paraître anecdotique, la gestion des places est en fait une affaire délicate, capable de compromettre l’harmonie d’une équipe. Il faudrait donc une sorte de « contrat social », qui suppose un choix presque politique entre deux logiques : l’égalité ou l’équité.
Premier arrivé, premier servi ?
L’égalité exige d’attribuer les ressources de manière strictement identique. Certes, les bureaux ne sont pas des gâteaux qu’on peut trancher en parts égales. Reste la solution du flex office, où la logique du premier arrivé, premier servi met tout le monde à même enseigne. Tout le monde ? Cet égalitarisme est rarement poussé jusqu’au bout – on le réserve aux services jugés subalternes. On imagine mal un directeur financier délogé par un jeune analyste qui se serait l
…(sans coordonnées bancaires)
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