Ghosn

Arrêter à l’aéroport un(e) grand(e) patron(ne) international(e), c’est s’inscrire dans le registre de la politique, pas dans celui de la justice ordinaire.

Depuis l’arrestation de Carlos Ghosn, le 19 novembre 2018, à l’aéroport de Tokyo, l’opinion publique en France, au Japon et ailleurs, se pose trois questions : le ci-devant PDG de Renault-Nissan-Mitsubishi est-il coupable ? Son arrestation est-elle politique ? Qu’est-ce que ça cache ?

Il est impossible de répondre valablement à la première question, celle de la culpabilité, sans connaître les éléments du dossier. Carlos Ghosn a-t-il touché des rémunérations illégales ? A-t-il dissimulé ses revenus pour frauder le fisc au Japon, et au dehors du Japon ? S’est-il livré à des malversations financières au détriment de Nissan ? Il s’en est défendu publiquement le 8 janvier 2019 en disant au tribunal : « J’ai été accusé à tort et détenu injustement sur la base d’accusations sans valeur ni fondement ». Depuis, d’autres chefs d’inculpation lui ont été signifiés, prolongeant chaque fois sa garde à vue. Selon l’expression consacrée, laissons la justice faire son travail.

 

Une volonté de frapper les esprits 

Examinons à présent à la deuxième question : l’arrestation de Carlos Ghosn répond-elle à des mobiles politiques ? Sans connaître les arcanes de la politique japonaise, ni le fin mot de l’histoire en termes d’intérêts industriels et stratégiques, on peut répondre sans hésiter : oui, l’arrestation de Carlos Ghosn est politique. L’argument qui s’impose d’abord est celui-ci : quand on arrête le patron du premier constructeur mondial d’automobiles, une star internationale dans le domaine économique et même une icône dans la pop-culture japonaise, il ne peut pas s’agir d’une simple procédure judiciaire. La volonté de frapper les esprits est manifeste. 

 

“Les ‘petits’ éprouvent une satisfaction maligne à voir tomber ‘les gros’”  

 

Précisons que le mécanisme de pousse-au-jouir des foules japonaises devant la chute des puissants n’est pas exactement le même que celui qui prévaut dans nos pays judéo-chrétiens. En France, en Europe ou aux États-Unis, chacun a plus ou moins en tête le Dieu jaloux de la Bible : « Déployant la force de Son bras, Il disperse les superbes, Il renverse les puissants de leurs trônes, Il élève les humbles » (Luc, 1 : 51). Les « petits » éprouvent une satisfaction maligne à voir tomber « les gros ».  

 

Une purge à la japonaise

Au Japon, le plaisir est celui de voir la société purgée d’un membre indigne. L’arrestation vaut condamnation, suivant une logique qui veut que si vous êtes mis en prison, c’est que vous ne vous êtes pas acquitté de votre dette envers la société, donc que vous n’êtes plus digne de confiance. En 1875, le juriste français Georges Bousquet

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