La prison de Haarlem, aux Pays-Bas, en juin 2010. L’immense dôme a un diamètre de 55 mètres et une hauteur de 36 mètres. © Nils Van Houts / ANP via AFP

À Haarlem, aux Pays-Bas, une ancienne prison abrite désormais des bureaux de la société Amazon Web Service. Une reconversion pour le moins ironique, qui évoque le concept de « société disciplinaire » décrite par le philosophe Michel Foucault, dans les pas de Jeremy Bentham.

Plus de 1 000 m2 d’espaces communs, 70 bureaux privés et 20 salles de réunion. Sur le papier, les bureaux d’Amazon Web Service à Haarlem (Pays-Bas) ont tout pour faire rêver. La réalité est plus contrastée : ouvert en 2020, cet espace a été implanté dans… une ancienne prison, construite en 1901 et fermée en 2016. Faute de détenus, l’établissement pénitentiaire De Koepel a fait l’objet d’un programme de réhabilitation, comme le souligne le site Korii. Une vidéo de la visite a fait le tour des réseaux sociaux, les internautes critiquant la nature du projet.

 

Panoptisme et société disciplinaire

Cette prison avait en effet été pensée sur le modèle « panoptique » imaginé par Jeremy Bentham à la fin du XVIIIe siècle. L’idée de Bentham est alors de réformer le milieu carcéral grâce à une nouvelle architecture des prisons. Il imagine une forteresse circulaire séparée à l’intérieur en deux bâtiments : en bordure du cercle se trouvent les prisonniers répartis en cellules, et, au centre, est érigée la tour d’un inspecteur ayant ainsi « la faculté de voir d’un simple coup d’œil tout ce qui s’y passe » (Jeremy Bentham, Panoptique. Mémoire, 1791). Pour le penseur britannique, cette architecture permettrait de modifier les comportements et les esprits sans recours à la force, par la simple présence de l’œil omniscient de l’inspecteur. En se sachant observés, sans pour autant voir qui observe, les prisonniers auraient, selon Bentham, tendance à adopter des comportements plus vertueux.

 

“L’effet du panoptique est d’induire chez le détenu un état conscient et permanent de visibilité qui assure le fonctionnement automatique du pouvoir”

—Michel Foucault

 

Ce modèle carcéral où l’on « voit tout » (selon l’étymologie grecque de pan-optikon) a été analysé par Michel Foucault. Dans Surveiller et Punir. Naissance de la prison (1975), le philosophe français y voit un principe plus

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