Aujourd’hui, les vieux n’ont plus la cote : au bureau, il n’y en a plus que pour les jeunes. Seule exception : les postes de management que l’on réserve aux vieux sages, sous prétexte de transmettre leur expérience accumulée à la jeune génération. Cette forme d’âgisme peut être néfaste pour l’entreprise, en la privant de personnes compétentes à des postes où leur expertise est nécessaire. Et si on cessait de considérer les salariés en fonction de leur âge ?

Ah ! Il est loin, le temps où la vieillesse produisait de jolis vers, où le chœur pouvait chanter, dans Les Guêpes d’Aristophane, au Ve siècle avant J.-C. : « Aujourd'hui la blancheur florissante de nos cheveux surpasse celle du cygne. Toutefois il faut que de ces restes surgisse la vigueur du jeune âge : pour moi, je suis convaincu que ma vieillesse vaut mieux que les boucles de beaucoup de jeunes gens, que leur parure et leur derrière élargi. » Ces métaphores, même ironiques, ne sont plus d’époque. Les vieux, il vaut mieux s’abstenir d’en parler. Leur faiblesse est inacceptable : la reine Elisabeth II, pendant la célébration de son jubilé, ne s’est montrée que brièvement au balcon. Surtout, qu’on ne la voie pas marcher avec difficulté !

À la tête du Royaume-Uni depuis 70 ans, la souveraine britannique est une anomalie : c’est une femme, elle est âgée, et elle travaille. Dans la presse, on retrouve toujours les mêmes adjectifs pour la qualifier – du moins, jusqu’à ce que très récemment, sa santé devienne préoccupante. La reine est « inspirante » pour les jeunes générations, elle est une « femme d’expérience » qui a « traversé les époques ». En bref, on la décrit comme une personne âgée dans le rôle idéal qui est dévolu à cette classe d’âge – la transmission. Mais les vieux n’ont-ils d’autre valeur que celle de pouvoir partager le fruit de leur expérience ? À l’heure où l’on discute d’un probable report de l’âge légal de départ à la retraite, il est grand temps de s’interroger sur ce qu’on attend des plus âgés au travail.

 

Le travail, une affaire de jeunes ?

Autrefois, la jeunesse était synonyme d’immaturité et de manque d’expérience. Aujourd’hui, quoi que l’on fasse, mieux vaut le faire jeune. « Si à cinquante ans on n’a pas une Rolex, c’est qu’on a raté sa vie », déclarait en 2009 le publicitaire Jacques Séguéla. Dans les start-up, la jeunesse règne. Mark Zuckerberg a fondé Facebook à 19 ans, Larry Page et Sergey Brin avaient 25 ans lorsqu’ils ont créé le moteur de recherche Google. Même la politique n’est plus la prérogative des anciens : on peut désormais devenir président de la République dans sa trentaine. Il fallait s’excuser d’être trop jeune pour occuper une fonction ; il faut désormais s’effacer dès lors que l’on est trop vieux pour son métier. Mais jusqu’où peut-on avancer l’âge limite à partir duquel soit l’on a « réussi » sa vie, soit l’on est prié de tirer sa révérence ? Assiste-t-on à une dévaluation de l’expérience contre la compétence, notamment technique, qui pourrait s’acquérir à tout âge ?

 

“Vieillir, au travail ou ailleurs, en particulier lorsque l’on est une femme, c’est être enfermée dans une figure qui nous précède, celle de la vieille qui ne sert plus à rien, voire celle de l’effrayante sorcière”

 

C’est le constat que fait Laure Adler – une autre « femme âgée » qui travaille, comme la reine d’Angleterre – dans La Voyageuse de nuit, une enquête sur le grand âge publiée aux éditions Grasset en septembre 2020. Vieillir, au travail ou ailleurs, en particulier lorsque l’on est une femme, c’est être enfermée dans une figure qui nous précède, celle de la vieille qui ne sert plus à rien, voire celle de

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